PERDRE LA COURSE CONTRE L’INFLATION

La déclaration de printemps n’a pas réussi à soutenir les ménages à revenus faibles et moyens face au niveau d’inflation le plus élevé depuis une génération. Malgré les mesures annoncées ce jour-là, la NEF a constaté que 23,5 millions de personnes ne seraient pas en mesure de faire face au coût de la vie.

Dans le mois qui a suivi, la situation s’est aggravée. Le Fonds monétaire international a revu à la baisse ses prévisions de produit intérieur brut pour le Royaume-Uni de 4,7 % à 3,7 %, ce qui en fait l’estimation de croissance la plus lente du G7. La Banque d’Angleterre a également mis en garde contre une augmentation des défauts de paiement des clients dans les mois à venir. Dans le même temps, les ventes au détail ont chuté et la confiance des consommateurs a atteint son point le plus bas depuis le krach financier. Le plus choquant est peut-être qu’un parent sur dix déclare qu’il est désormais très probable qu’il fasse appel à une banque alimentaire au cours des trois prochains mois. La politique du gouvernement ne parvient pas à soutenir à la fois les revenus des ménages et l’économie au sens large.

Mais l’inflation élevée, principalement due aux prix des carburants et de l’énergie, n’affecte pas tout le monde de la même manière. Une nouvelle modélisation de la NEF montre qu’en moyenne, les augmentations de prix ont fait grimper le coût d’un panier de biens et services essentiels (selon le revenu minimum (MIS), mesuré par le Centre for Social Policy Research) de 2 300 £ par an. Cette augmentation des coûts pour la moitié des familles les plus pauvres est neuf fois plus importante que pour les 5 % les plus riches, en proportion du revenu (figure 1 ci-dessous). Même pour les familles situées au milieu de la distribution des revenus, la hausse des coûts est six fois plus importante que pour les 5 % les plus riches en proportion des revenus.

L’augmentation du coût de la vie frappe le plus durement les personnes aux revenus les plus faibles


Évolution du revenu minimum d’insertion après déduction des frais de logement entre 20221/22 et 2022/23, en proportion du revenu, par vignette de revenu équivalent des ménages.

Les différentes catégories démographiques sont également touchées différemment. Les ménages composés de femmes célibataires et de Noirs, d’Asiatiques ou d’autres minorités ethniques (BAME) voient leurs coûts augmenter de 50 % par rapport à ceux de leurs homologues masculins et blancs (respectivement), en proportion de leur revenu. Les femmes célibataires verront leurs coûts moyens augmenter de 1 400 £ (6 % du revenu), contre 1 110 £ (4 % du revenu) pour les ménages d’hommes adultes célibataires (figure 2 ci-dessous). Les ménages blancs connaissent une augmentation moyenne du coût de la vie de 2 200 £ (5 % de leur revenu), tandis que l’augmentation pour les ménages BAME est de 2 900 £ (8 % de leur revenu). Ces résultats sont en partie le reflet d’inégalités préexistantes entre les sexes et les races, telles que celles qui contribuent aux écarts de rémunération sur le marché du travail et à l’inégalité des responsabilités en matière de garde d’enfants.

L’augmentation du coût de la vie aggravera les inégalités entre les races et les sexes.
Évolution du MIS (AHC) entre 20221/22 et 2022/23 en tant que proportion du revenu par groupe démographique choisi

Lors de la déclaration de printemps, au lieu d’annoncer un soutien pour ceux qui en ont le plus besoin à court terme par le biais du système de sécurité sociale, ou un investissement majeur dans l’isolation des maisons pour aider les gens à plus long terme, le chancelier a proposé des réductions d’impôts mal ciblées et régressives. Notre analyse montre que les 5 % de familles les plus riches bénéficieront d’une amélioration de 600 £ par an suite à la réduction de la taxe sur le carburant et à l’augmentation du seuil de l’assurance nationale combinées. La moitié la plus pauvre des ménages ne verra qu’une augmentation moyenne de 300 £.

Ces politiques mal ciblées ne permettent pas de soutenir les ménages les plus touchés par la crise. Pour tous ceux qui ne font pas partie des 5 % de familles aux revenus les plus élevés, les augmentations de prix dépasseront les augmentations nettes de revenus suite à la combinaison des changements de politique entrés en vigueur à partir d’avril 2022 – y compris les changements fiscaux, les remises sur les tranches de la taxe d’habitation et les prêts pour les factures d’énergie – et les augmentations de salaire (figure 4 ci-dessous).

Les plus pauvres seront les plus touchés, avec une compression effective des revenus disponibles de plus de 10 % (1 500 £, figure 3 ci-dessous). Les familles à revenu moyen sont également poussées vers la crise en nombre sans précédent. 2,2 millions de personnes supplémentaires, réparties dans 900 000 ménages, verront leurs revenus passer sous le seuil de pauvreté en 2022 par rapport à 2021, alors que ces familles ont un revenu moyen de 33 000 £ avant impôts. Beaucoup de ces familles devront faire des sacrifices de routine sur des choses essentielles comme les factures du ménage, le remplacement de vêtements ou une visite chez le dentiste pour la première fois.

Seuls les 5 % les plus riches s’en sortent mieux cette année
Variation du revenu des ménages (AHC) par rapport à la variation du MIS AHC entre 2021/22 et 2022/23

Nos recherches montrent que la crise du coût de la vie et la réponse politique apportée jusqu’à présent vont creuser les inégalités en Grande-Bretagne. Alors que les plus hauts revenus seront protégés par des salaires supérieurs à l’augmentation des coûts, les plus pauvres devront se battre avec jusqu’à 10 % de leurs revenus pour couvrir les augmentations de prix des biens essentiels. Pour beaucoup de gens, cela s’est déjà avéré inabordable. La crise va exacerber les inégalités dont souffrent les femmes et les personnes issues de minorités ethniques, tandis que les personnes qui vont se retrouver en difficulté sont principalement des familles qui travaillent et dont les revenus sont importants.

Nous avons besoin de toute urgence d’une nouvelle façon de gérer l’aide au revenu afin de garantir que les ménages ne tombent pas plus profondément dans la misère. La pauvreté limite la liberté des personnes, restreint les résultats en matière d’éducation et de santé et renforce le déséquilibre de notre économie. Un revenu de subsistance libérerait la société de cette inégalité, créant une société plus juste tout en réduisant les risques de récession.

Mais l’importance du crédit universel et des anciennes prestations est largement ignorée par les politiciens, malgré les appels à un budget d’urgence. Notre filet de sécurité sociale est un levier économique essentiel. En stabilisant les revenus à un taux adéquat, toute chute économique peut être lissée automatiquement et toute difficulté associée réduite. Tous les signes indiquent que notre économie vacille. Il est temps d’agir.

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